dimanche 5 novembre 2017

Sky View Yamada Noboru Memorial Cup


Cette course a un nom tellement long que je crois bien ne jamais l'avoir prononcé une seule fois de la même façon. Pour faire court on se contentera de Yamada Noboru.
A ma connaissance, cette course est à l'heure actuelle l'une des plus dures du circuit japonais. J'irais jusqu'à dire la plus dure, rapport au ratio dénivelé/distance, mais pas au niveau technicité. 
Yamada Noboru je m'y suis cassé les dents il y a deux ans. Mon premier abandon en trail. Une pilule qui fut assez difficile à avaler mais pour laquelle je m'étais juré de revenir pour ne pas laisser ce forfait impuni. 
Après une édition 2015 en plein mois de juillet, la course a repris sa place d'origine en septembre, une saison bien plus clémente. J'ai beaucoup appris de cette course cette année là, la chaleur, l'alimentation en course, la récupération, la gestion, la préparation, autant de paramètres que j'ai sous estimé à l'époque et qui se sont transformés en sanctions ... immédiates.


Alors autant dire que cette année je me suis mis un peu la pression, mais avec le recul, j'ai encore joué au con. Un mois à peine après l'Echappée Belle, espérer prendre sa revanche à Yamada Noboru c'était répéter pour partie les erreurs du passé. J'ai parfois la tête dure. D'autant que 3 jours avant de prendre le départ je rencontrais Sangé Sherpa, qui fêtait sa victoire à SFMT.


Finalement ce sera un mal pour un bien. Bien crevé par Itamuro en juillet je chope une saloperie dont je ne me débarrasse pas et qui me coute l'Echappée Belle. Pas en forme mais pas non plus épuisé du fait d'un abandon très tôt sur le parcours, cela va me permettre de récupérer suffisamment pour prendre ma revanche fin septembre. On se rassure comme on peut. L'échappée belle est mon second abandon, de ce fait Yamada Noboru prend encore plus d'importance à mes yeux. A tout prix, finir, je dois.

Yamada Noboru en chiffres ça donne ça:
129 km 
Environ 9200m D+
Environ 9200m D-
Temps max: 35h00
Tracé: Boucle
Trail: ? %
Inscription: 30 000 Yens
Nombre de places: 800
Avec également un 70 et un 30 pour ceux qui veulent s'y attaquer crescendo.

Situé dans la préfecture de Gunma à 170 kilomètres de la capitale, comptez 3 bonnes heures de route pour vous y rendre. 
Bon je vous passe l'épisode habituel du gars qui couche dans sa voiture, mais sachez qu'il y a, pas loin du départ, un Michi no Eki très bien pourvu, qui apporte tout le confort avant la course. Un sacré bon plan. D'autant que le cadre est super sympa et hasard du calendrier c'était la fête de la bière.

Pour vous rendre au départ, il faut traverser un pont, tout un symbole car sa traversée conclu également ce long périple de 129 km. Une délivrance quand vous l'atteignez dans les derniers 300 mètres qu'il reste à parcourir.
Détail amusant dans le paysage....
Avant le briefing, Japon oblige, nous avons droit au sacro-saint protocole avec les autorités locales. Très austère pour le coup.
Puis s'en suit le briefing. 2 sessions sont prévues pour permettre de réguler le flux des participants dans une salle à la capacité d'accueil inférieure au total des inscrits.
Le retrait des dossards s'effectue dans une autre salle à proximité. Premier constat, en deux ans le nombre d'exposants a augmenté Ce qui si je ne m'abuse est aussi le cas du nombre de participants.  Preuve du succès grandissant de cette épreuve qui n'en est qu'à sa 4ème édition.
Niveau matos obligatoire ils sont assez exigeants et le contrôle est stricte. Pas la peine de prendre le temps de tout bien ranger dans le sac, faut tout déballer et tester. 
Il y a deux ans le cadeau était une grande serviette de bain, que je conserve religieusement, cette année c'est une sacoche. Et toujours le petit talisman en bois à accrocher sur le sac. Si la première fois je l'ai négligé, cette fois je l'emporte avec moi, je ne suis pas superstitieux mais je préfère mettre toutes les chances de mon coté 😅. 
Forcément le temps est foireux, il pleut une grande partie de la nuit et le départ est annoncé sous les mêmes cieux. J'ai beau connaitre ce qui m'attend, pour ce qui est des 30 premiers kilomètres, je n'en suis pas moins nerveux et la crainte d'un nouvel échec est omniprésente. J'ai pris le parti de gérer au maximum et d'oublier le chronomètre, un seul objectif: Finir.

Le départ est donné à 05h00, la pluie va et vient tant est si bien qu'on ne s'est pas trop comment s'habiller et tout le monde joue au caméléon en attendant le signal qui lâchera la meute. Il faut dire qu'il fait plutôt bon et rester sec tient chaud, alors quid de choisir entre mouillé par la pluie ou par la sueur. Mais à l'aune de se lancer pour plus de 24 heures de course, retarder cette échéance est primordiale pour le moral.
Le jour pointe quand nous nous élançons avec pour conséquence l'accalmie. Le peloton est compact et l'amplitude de mouvement limitée. Toutefois je ne m'arrête pas pour retirer ma veste car dans ma tête c'est pas prévu. Bon bah quand on est con c'est à vie, car mes belles lunettes bien flashy que j'affectionne, elles se sont fait la malle dans la manoeuvre, et le temps de m'en rendre compte c'est trop tard, déjà loin, surement piétinées, je ne cherche même pas à rebrousser chemin...ca aussi c'est pas au programme. Je fais donc fissa le deuil de mes binocles, on verra à l'arrivée si elle sont toujours en vie, et me replonge dans la course.
La sensation de déjà vu est omniprésente, et à chaque difficulté surmontée je me réjouis de ma forme. Tout va bien et cela me met en joie. Je me remémore mon agonie passée, cherchant les points où je m'étais arrêté pour récupérer. Mes souvenirs sont claires s'en est presque effrayant. Je survole la première partie et constate de ce fait avoir bien progressé depuis.
La météo encore hésitante ne nous permet pas de profiter du panorama qui conclut la première grosse ascension. 
Bientôt le 2ème ravitaillement, terme de ma première tentative, au-delà c'est l'inconnu, j'ai hâte, tous les signaux sont au vert. Noboru c'est en moyenne moins de 50% de finisher il faut le garder à l'esprit.
Débute alors la spécialité de cette course: la remonté de piste de ski. Un vrai bonheur.
La photo ne rend pas la déclivité, mais doudiouuu que ça pique. La moyenne explose totalement. Et pas que la moyenne d'ailleurs. A l'approche du sommet je me trouvais bien humide, rapide tour du propriétaire pour constater qu'une de mes flasques s'est suicidée... manquait plus que ça. Je viens d'attaquer la partie que je ne connais pas, je n'ai qu'une obsession "gérer" et voilà une partie de mes ressources en eau H.S. alors qu'il me reste moins de 100 bornes à tenir. Rapide analyse de la situation, ça fait "tilt", le parcours fais une boucle et bientôt on rejoint une Water Station ayant double emploi. Vidange sauvage de la flasque, pas question de m'en encombrer plus longtemps, je la jetterai pour la remplacer par une bouteille en plastique. 
Cela peut paraitre anodin présenté comme cela, mais c'est le genre d'impondérable qui met bien la press'. Quand tout est calculé au plus juste pour optimiser l'emport, ça vous casse la baraque et perdre la moitié de ses réserves d'hydratation ça complique salement le déroulement des opérations.
Fort heureusement la suite se passera sans autre mauvaise surprise ou presque.
Viendra ensuite la seconde piste de ski à remonter. Forcément on la trouve tout de suite mon drôle que la première, et on se dit que la Direx elle s'est bien fait plaisir. 
C'est quand survient la troisième qu'on se met à détester tout le monde. Arrivé au sommet la nuit commence à tomber et le ballet des frontales s'anime. De l'autre coté, en bas, c'est Oguna, le 5ème ravitaillement. Là nous attend un moment de répit mais aussi le drop-bag, autrement dit du linge sec et le plein de barres et gels, avant d'attaquer les 54 derniers kilomètres dans la nuit.
Repartir pour s'élancer dans l'obscurité est toujours un moment difficile, c'est pour cela qu'il faut veiller à ne pas trop s'attarder, ne pas laisser le temps au corps et à l'esprit de se complaire à l'abri. La nuit est un moment à part dans la course, le rythme est plus lent mais paradoxalement le temps passe plus vite et la difficulté semble atténuée surement lié au manque de visibilité.
Cela peut paraitre présomptueux à ce moment de la course, mais dans ma tête c'est déjà gagné, sauf blessure, plus rien ne m'empêchera d'arriver. Tout ne sera pas simple pour autant et je m'octroierai malgré tout une pause sur le bas coté, quand, sur une portion de route ouverte, je vais à plusieurs reprises m'endormir en marchant et me réveiller en plein milieu. Je n'ai aucune idée du temps passé ainsi blotti sur une borne mais je reprendrais mon chemin avant que le froid ne me saisisse.
En A7 à 25 km de l'arrivée, une dernière surprise m'attends, mon changement de pile dans la frontale n'opère pas et celle-ci éclaire façon "safe mode", en gros tu vois queud'. Chance pour moi je cours également avec une lampe autour de la taille en complément, une lubie à Bibi,  mais pour laquelle je ne prévois pas de pile de rechange....va donc falloir croiser les doigts pour qu'elle tienne jusqu'aux aurores.
Quand pointent les premières lueurs de l'aube, c'est toujours une renaissance. On quitte les ténèbres. L'horizon s'éclaircit alors, augmentant la portée du regard et éveillant les sens. La nature se réveille et les oiseaux se mettent à chanter. Les premiers rayons du soleil réchauffent le corps et l'esprit. On se sent bien, on se sent vivre. 
Avec le moral c'est aussi l'énergie qui revient, le rythme augmente, et bien qu'ayant passé la majeure partie de la nuit seul, je commence à remonter des concurrents. Le terrain s'avale comme un rien et les mauvaises habitudes ressurgissent, je ne peux m'empêcher de tendre l'oreille pour m'assurer que personne ne remonte derrière moi. 
Le ciel est bleu, la journée s'annonce magnifique, pour un final en apothéose. 
La forêt est dernière nous dorénavant, les premières habitations nous font face, ça sent bon le "Pont". Je rattrape un coureur un peu à la peine et l'encourage, "la fin est proche"lui dis-je, tellement proche même que je n'ai pas le coeur à le planter là. Il fait tellement beau et je suis tellement heureux de finir Yamada Noboru que je reste à ses cotés et nous tapons la discute. L'an dernier il a fini en moins de 24 heures, mais là il s'est blessé alors il rame un peu. 
Quand survient le pont, nous laissons exploser notre joie, comme quoi je ne suis pas le seul. 
La traversée est jubilatoire, je suis arrivé au terme de cette course, j'ai pris ma revanche, 26 heures après le départ je termine Yamada Noboru SkyView Ultra-trail Memorial Cup,
Même si il importe peu, je ne suis pas peu fier du classement non plus avec une 122ème place au général. 
Définitivement c'est un retour gagnant. Je peux maintenant clore le Chapitre de cette course. 
Bravo à tous, aux coureurs, aux organisateurs et aux bénévoles, vous m'avez offert mon plus gros défi. Il me reste dorénavant à revenir en Belledonne pour prendre ma revanche sur l'Echappée Belle.

Pour ceux qui s'interrogeraient du sort de mes lunettes:

Elles ont ramassé, amputé du caoutchouc pince-nez mais fidèle au poste. Merci à leur sauveur.

See you.


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