vendredi 30 septembre 2016

UTMF 2016 une édition pas comme les autres.


Vendredi 23 septembre 2016. 05h00 l'alarme du téléphone retentit. 
J'émerge, le réveil est facile, pas de soucis pour se lever, le grand jour est enfin arrivé. 
Tous ces kilomètres avalés jusqu'à maintenant prennent enfin un sens. Pas besoin de se presser, la marge est suffisante, une douche, un café, un dernier check matos et la bise à la family, ça devrait le faire. 
A évènement exceptionnel, situation exceptionnelle: tout le monde est levé pour m'accompagner dans mon départ. Ça fait chaud au cœur. Depuis le temps que je les bassine avec l'UTMF par ci, l'UTMF par là, on finirait presque par vivre UTMF et pourtant pas de lassitude apparente, ils semblent s'être pris au jeu. Ça aide.
J'ai même ma fille qui joue les supports en s'assurant bien que je n'oublie rien et surtout l'essentiel:
Celui là, c'est une certitude, pour le rater fallait au minimum partir bourré. Merci ma puce.

Sinon la journée commence plutôt bien: il pleut comme à l'accoutumé depuis une dizaine de jours maintenant. Le moral est bon car j'y suis préparé avec tout ce temps passé derrière la fenêtre à observer le ciel comme une petite vieille cachée derrière son rideau espionne ses voisins. De voir le soleil m'aurait même surpris et peut être chamboulé mes plans si la chaleur allait de paire. Mais là vraisemblablement je peux partir l'esprit tranquille, ce sera flotte.
De la maison à Fujikawaguchiko, il faut compter 3 heures. 
Suffisamment pour se passer dans les oreilles 4 fois le même album. On se lobotomise motive comme on peut 🤓. A mesure que le train fonce vers l'Est, il se vide de ses voyageurs pour ne laisser que des trailers. Tous essayent de gratter encore quelques précieuses minutes de sommeil d'ici le terminus de la ligne, point de départ de notre aventure.
L'espace d'une percée j'ai cru au retour du soleil mais il n'en fut rien. La pluie sera notre compagnon de route.
J'arrive tout doux au village de la course, le temps d'avaler en marchant un encas histoire de ne pas taper dans les réserves avant même d'avoir commencer. Il règne déjà une grande activité à moins de 4 heures du départ. Perception du dossard, contrôle du matos, tout va très vite, la machine est bien rodée, les volontaires en nombre. L'accent est mis à fond sur les étrangers, avec des traducteurs de partout, identifiables à leur dossard caractéristique. Il faut dire que nous sommes un paquet de Gaijin. L'UTMF attire de plus en plus de monde ça se voit et surtout ça s'entend.
On sent bien également que le rendez-vous a pris de l'ampleur, le village est grand et les échoppes des grandes marques en nombre. La tentation de faire du shopping est grande, heureusement pour moi la CB est restée au fond du sac coincé dans un camion attendant mon retour. Tout juste 2 000 yens en poche "au cas ou" 😬.
A défaut de faire des emplettes, ça a le mérite de passer le temps tout en cherchant du regard deux camarades de courses que je sais inscrits. L'ambiance est bonne et le sourire sur tous les visages malgré la grisaille. Le rendez-vous est tellement attendu par chacun de nous qu'il en faudrait bien plus pour nous décourager. A ce moment de l'histoire, je ne pensais pas si bien dire.
Le mode panorama c'est cool, mais on n'est pas forcément à son avantage. Z'avaient qu'à pas bouger aussi, non mais 😤 !!!
Encore une heure à tuer, un petit tours à l'extérieur s'impose. Une bonne façon de se changer les idées même si je dois reconnaitre l'absence totale de tension. Comparé à ces derniers jours, je suis sur un nuage. Au fond c'était bien l'attente qui me rendait nerveux. 
Le Kappa, ils ne pouvaient pas mieux tomber ces deux là avec leur nénuphars sur la tête. A l'image de ce qui nous attend pour les prochaines heures. Tout un symbole.
J'avais presque fini par l'oublié lui, masqué qu'il est par les nuages. Clair que c'est pas la photo la plus glamour qu'on puisse faire du Mt Fuji, mais au risque de rentrer bredouille j'ai au moins celle-ci. Je garde espoir de pouvoir l'admirer au prochain lever de soleil.
Hey !! Matez le staiiillleeeuuhhh !!! J'ai gardé la surprise jusqu'au bout. Ca envoie du steak non ? Avec la pose et tout et tout. Avez les lunettes qu'y a pas de soleil. Hein !! non ? ...... bande de rageux !!! .... m'en br.... j'me sens bien, chuis au taquet.  

Bon c'est pas le tout, l'est déjà midi passé, faudrait voir à se mettre en place. C'est à ce moment que je retrouve Eric et son épouse. Lui seul participe. On discute de la course bien entendu quand du remue-ménage se fait sentir. On dirait que ça s'active sur le podium, je crois qu'on veut nous parler: 
"En raison de conditions météorologiques défavorables sur une partie du parcours, le départ est retardé de 2 heures, soit 15h00. Surveillez vos téléphones, des messages vous seront envoyés pour vous tenir informés. La course pourrait être écourtée."
Ohhhhhh la, pas cool ça. Ici il ne pleut plus depuis.... ha bah si tiens ça repart !!!  😥. Merde, y a plus qu'à attendre et croiser les doigts. La montagne est versatile, gardons la foi, après tant d'attente, si proche du but, ça va le faire, faut que ça le fasse.
Tout le monde s'égaille, cherchant un coin tranquille pour s'abriter et patienter. Eric lui retourne à l'hôtel, c'est l'avantage.
Les bénévoles nous sortent les quelques chaises qu'ils ont sous la main, c'est déjà beaucoup. On ne peut pas tout prévoir non plus.
Malgré la pluie, la température est douce, cela évite d'être transi de froid avant même d'avoir commencer.
Pas facile de tuer le temps maintenant, sauf peut-être à manger un morceau.
C'est à ce moment précis que tu te revois sortant in-extremis tes 2 000 yens du sac avant de le déposer au camion. Et là, bah tu t'aimes. Oui vraiment tu t'aimes, ton "au-cas-ou" vient de te sauver la mise.
Allez, on fait péter le Hot-dog.
14h00, le temps d'un dernier passage aux toilettes et je rejoins la foule qui se masse déjà en nombre devant la ligne. On jurerait qu'ils sont pressés d'en découdre 😁.
14h30 la cérémonie d'ouverture va débuter. Ohh, Put'.. ça sent bon, on y est. J'y crois.
Grésillement dans les haut parleurs, les micros s'agitent, petit bonjour du MC japonais suivi de la traduction en anglais.  Tel un Dj, le gars fait résonner sa voix pour faire monter l'ambiance, et nous annonce l'entrée en scène de Kaburaki-san himself, le directeur et producteur de la course.
Le ton est grave, solennel... bizarre !!! 
La traduction est inaudible, les commentaires japonais s'agitant à ce moment là. Je tends difficilement l'oreille, les regards interrogateurs entre gaijin se croisent. On dirait méchamment que ça pue😖.
La nouvelle tombe: la course sera interrompue en A3, à Fumoto, après 47 kilomètres😱.
Stupeur dans l'assemblée, râle d'étonnement général, tout le monde reste stoïque😧.
C'est le rêve de tout un chacun qui vient de prendre fin. Tsuyoshi Kaburaki ne le sait que trop bien et craque. Il vient de mettre un terme à sa course, son bébé, devant 1500 coureurs hébétés😵.
La pilule fait mal, mais tout le monde semble le prendre avec philosophie. Il faut dire que ce là fait partie du jeu, tout du moins des risques, et la sécurité des concurrents doit rester la priorité. Difficile d'imaginer ce qu'il peut se passer dans les montagnes en ce moment pour justifier une telle décision. Mais c'est ainsi. Alors on regarde devant soi et les 47 petits kilomètres dont il faudra se contenter.
Et tout à coup l'idée d'arborer fièrement sa polaire estampillée "Finisher" prend une dimension bien désuète.
Pour faire court, la STY qui partira le lendemain à 12h00 subira le même sort. A une différence près, eux ils partiront pour la faire en entier et la décision sera prise en cour de route quand nous savions déjà en partant que la course serait tronquée. Les images qui suivent donnent un aperçu des conditions extrêmes rencontrées par les coureurs de la STY et justifient à elles seules, si cela était encore nécessaire, la décision qui fût prise.
A cet endroit, il s'agissait normalement d'un sentier.

L'UTMF va alors prendre des allures de speed race, sans que l'on rencontre de difficultés majeurs, celle-ci prenant fin où commencent d'ordinaire les hostilités. Le départ, en entonnoir avec un débouché à angle droit sur une chemin de 2m de large, va dégénérer en une bousculade assez limite.
Beaucoup jouant leur va-tout sur cette courte distance, remonter au plus vite avant le single à 4 km est dans tous les esprits. Je vais me prendre au jeu sans pour autant réussir à esquiver le bouchon.
Seule petit plaisir: la nuit, qui, avec un départ retardé de 2 heures, va tomber rapidement aidée de surcroit par un ciel assombri par les nuages et la pluie. C'est donc à la lueur des frontales que nous, exception faite des élites, parcourons la plus grande partie du tracé. Ce qui s'annoncera malgré tout Rock'n Roll, quand dans les sous-bois le brouillard s'invite à la fête et rend inefficace les Petzl. 
Détails important, j'étais équipé d'une lampe à la ceinture, de marque "milestone" pour ne pas la citer🤑, elle a la particularité de délivrer une lumière dite "naturelle", dans tous les cas bien moins blanche que les autres, et oh surprise, car c'était une agréable découverte, se comportait comme les anti-brouillards des bagnoles et pénétrait là où ma Reaktik+ faisait un mur. Ce qui m'aura permis sans doute d'éviter un loose topo et de suivre bêtement le coureur qui s'égarait devant moi.
Mis à part ça, rien de transcendant. Le tracé sera même modifié une dernière fois avec une arrivée déplacée à la dernière minute, tant et si bien que le compteur n'affichera plus que 44 kilomètres en bout de course. 
Voilà comment se termine l'UTMF 2016, mon UTMF, en 05h52'02" avec une 197ème place à la clef.
Le rideau est tombé, la nature a gagné.

La direction de course met des bus à notre disposition pour revenir à Kawaguchiko rendre nos puces et récupérer nos affaires. Je m'offre le luxe d'arriver avant la famille, qui devant me rejoindre est bloquée dans les embouteillages. Il nous est proposé également, en guise de revanche, de prendre le départ de la STY le lendemain, à la condition de trouver le moyen de s'y rendre de façon autonome. Je décide d'en rester là et de profiter du temps passé avec la famille. Bien m'en prendra.
Le samedi est pluvieux cela va sans dire, avec une pensée nostalgique pour les partants de la STY qui se préparent sous des trombes d'eau. Alors, comme pour compenser, on se fait plaisir et on profite de l'hospitalité locale. Je reste bloqué sur Twitter une bonne partie de la journée, à suivre l'évolution de la course, soucieux de connaitre les détails, jusqu'au verdict fatidique qui tombe peu avant les 4 heures de courses. It's a very bad day today.
Pas de regret donc vis à vis de la STY et ce qui aurait du être ma récompense de Finisher, si je respectais les délais prévus 😇, n'aurait certainement pas eu le même goût mais demeure malgré tout un plaisir partagé en famille. 
Petit avantage, j'ai pu apprécier le dîner ce qui était plus qu'incertain au départ.
Soyez rassuré, y avait bien plus à manger, mais je suis plus rapide à dégainer les baguettes que l'iPhone.

Après un bon bain comme les japonais l'apprécient, ce sera dodo sur les tatamis avant de se lever le lendemain pour assister à la cérémonie de remise des prix et de clôture.
Et quelle surprise au réveil de constater que la nature s'était bien jouée de nous durant ce week-end. 
Ciel bleu, grand soleil et chaleur, il est à peine 06h30 du matin. La claque. La vieille gifle qui pique ta fierté. Un pied de nez comme dame nature sait si bien les faire.

Y a pas du foutage de gueule la quand même ?

Ce n'est pas une raison pour se laisser abattre, après tout la saison n'est pas terminée, j'en ai encore deux au programme et non des moindres. Donc on se tape la cloche au petit dej'.

Alors, le bonbon rose à droite là, contrairement à ce qu'on pourrait croire en regardant la gamelle, ce n'est pas moi hein !! Elle, elle n'a rien couru du tout... ha si, de la chambre au réfectoire.
Par contre y a assez dans le plateau pour nous mettre en retard pour la cérémonie.

Arrivés au village l'ambiance est bonne et rien ne laisse transparaitre la gravité des décisions prises la veille et l'avant veille. Un touriste fraichement débarqué parierait corps et biens que les courses ont bel et bien eu lieu. Le public est là en nombre, pour féliciter les vainqueurs mais pas que.
La STY interrompue en plein cours n'aura pas de sacre, l'UTMF avec son arrivée au terme de 44 petits kilomètres aura elle droit à son podium:
Les vainqueurs de cette édition 'très spéciale" de l'UTMF 2016 sont:
chez les femmes:
1 - Fernanda MACIEL
2 - Yuko KAMOI
3 - Kaori NIWA

chez les hommes:
1 - Dylan BOWMAN
2 - Xavier THEVENARD
3 - Tomonori ONITSUKA

Mais surtout l'UTMF, comme toutes les autres courses n'existeraient pas sans ses bénévoles, lesquels ont eu le droit de cité, catégorie par catégorie, des traducteurs aux sweepers, des masseurs aux jalonneurs. Une organisation gigantesque, un travail énorme et toujours débordant de bonne humeur, merci à eux, merci aux bénévoles qui dans les conditions extrêmes de ce week-end ont peut être même pour certains pris plus cher que les coureurs.


Je pense qu'il est temps maintenant, après toutes ces participations aux trails en tant que coureur, d'envisager sérieusement d'apporter ma contribution à l'effort collectif. Si nous avons la chance de pouvoir vivre tout ces moments d'exaltation c'est avant tout grâce aux volontaires. Compagnons de route fugace, bravant les élèments pour quelques mots d'encouragements, il faut savoir donner pour recevoir.... Put' c'est beau comme du Verlaine....ouais non en fait, plutôt du Kiki. (J'ai le droit je l'ai acheté et même lu 😘)

Merci à tous pour avoir pris le temps d'une photo et d'un 'tographe .
Et bien sûr l''immanquable Check sur le t-shirt, même si il n'aura jamais la saveur d'un 169 km cela restera un grand souvenir dans mon humble parcours de trailer. Et sans m'envoyer des fleurs, le concept plait plutôt bien, entre poses pour la photo, bénévoles qui me donnent rendez vous à IZU à la lecture des courses restantes et coureurs qui témoignent des précédentes. Ça fait causer dans les chaumières mon ami.
Que c'est bon cet état d'esprit nom de Zeus.

Hey, ça envoie le steak non ? le même en floqué serait terrible.

Sérieux !!! Y a pas une boite qui veut m'aider à lancer le concept ? On a tous 40 ans un jour, voire 50, 60 ou plus et des défis fous plein la tête. misterpaindpiss@gmail.com chuis open....enfin pour ça, juste pour ça😎.

Sinon, durant la cérémonie j'ai retrouvé mon second camarade de course, Erwan, accompagné de sa fille Emilie. Attention je le précise tout de suite, y a du level, je ne rivalise pas. Un jour peut-être au bénéfice de l'âge ou d'une blessure🤕, encore que. Certes l'expérience n'est pas la même, mais la route sera longue pour espérer arriver à sa cheville (...pas mal celle là, de circonstance oserais-je dire !!😅). 
En tout cas lui qui ne manque jamais une occaz' de chausser les runnings, nous propose qu'on se paye la toute dernière portion "montagneuse" de l'UTMF avant de rejoindre nos pénates. 
Et c'est avec les enfants que nous partons à l'attaque de ce dernier versant, ambiance tranquille avec chasse aux champignons au retour...résultat deux fois plus de temps en descente qu'en montée, la gueule de la moyenne.

C'est toujours un plaisir d'échanger avec lui, son expérience est riche, il vit "course à pieds" à un degrés qu'il me semble difficile d'accéder sauf à sacrifier d'avantage et là la négociation s'annonce difficile, n'est pas ma chérie 😘? 
Mais avant même cela, en serais-je seulement capable ?...🤔

Une conclusion sympa pour un week-end mouvementé et riche en émotions diverses. Souhaitons que des enseignements en soient tirés pour l'année prochaine, la période est clairement discutable.

Voilà comment s'achève l'UTMF 2016, après cela nous sommes rentrés tous ensembles, en direction de la mégalopole, les enfants jouant à l'arrière et nous discutant.....bah Trail c'te blague.

Prochain rendez-vous FunTrails 100K, les 19 et 20 novembre.

Allez See you.


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