lundi 7 août 2017

OSJ Itamuro 100



La der' avant la belle.
Le dernier wee-end de Juillet c'était le rendez-vous Test: un petit 102 km avec un peu plus de 6000 D+, pour se tester physiquement et mentalement. Ce genre de mise à l'épreuve est toujours à double tranchant, en cas de réussite ça gonfle à toc.....dans le cas contraire, tu te présentes à ton objectif final avec le moral au 36ème sous-sol. Mais j'ai besoin de savoir où j'en suis car c'est dans la tête que tout se joue.
Donc Itamuro c'est ça:
102 km 
Environ 6200m D+
Environ 6200m D-
Temps max: 24h00
Tracé: Boucle de 34 km x3
Trail: +80 %
Inscription: 25 000 Yens
Nombre de places: 250

Ou une version mini avec un seul tour de 34 km, pour 8 000 Yens et 100 places à  faire en 8h.

As usual, les frais d'inscription pour le trail au Japon ça t'attaque le moral avant même que t'es enfilé le short, surtout comparé à la France. Et comme c'est pensé pour que tu loges sur place afin de booster l'économie local; tout de suite la facture double. 
C'est ainsi il faut composé avec. Toutefois pour limiter les dégâts il ne faut pas hésiter à pioncer dans la voiture surtout quand le réveil est à 03h00, pour un départ à 05h00.
Histoire de la jouer encore plus fourmi que dans la Fable, j'avais dans l'idée de m'affranchir de l'autoroute. Je ne suis pas radin mais ici les péages sont à l'image de l'hébergement et des frais d'inscription, il te coute un bras. J'abats les chiffres:
- Inscriptions: 200 €
- Hébergement: 200 € (en cherchant bien avec repas, Onsen oblige)
- Péage: 100 € A/R
- Carburant: 50€
Vu l'arbre en boule ? Besoin de faire l'addition ? J'me rappelle encore expliquant à ma femme que la course à pied ça coute rien c'est juste un short et une paire de basket 😅.

Bon, tout ce laïus pour dire que j'avais prévu de prendre l'itinéraire bis, celui qui met trois fois plus de temps mais te coute rien....à part du temps, et le temps c'est de.... Rahhhhhhhhh 😱.
Sauf que......et oui si je m'étends sur le sujet c'est qu'il y a une raison, sinon y aurait rien d'intéressant à se griller et passer pour un pingre. La règle veut, je ne sais pas si elle vaut pour tout le monde, que je ne parte jamais la conscience tranquille sur une course, y a toujours un "truc" qui vient se présenter au moment de m'absenter. Et ce coup-ci, alors que je m'apprête à partir, ma fille chute dans l'escalier. Hurlement, pleurs, bobo.... et me voilà en train d'enfiler les habits de nurse le temps que tout se calme.
Le temps passe, attendant le retour de maman, et le spectre de l'autoroute commence à me hanter. Le créneau pour le retrait des dossard et le briefing est précis, il ne faut pas le rater; ça commence mal  cette histoire. Comme d'hab, ça me rassure 🤣.

Allez, c'était l'intro "36-15 My life" qui sert à rien, rentrons dans le vif du sujet.

Itamuro c'est comme Shima Onsen (Spatrail) Petit village enclavé dans des montagnes boisées, avec sa rivière et ses Onsens et par conséquent très humide. Mais ça a son charme.

Itamuro fait partie de l'OSJ Trail Running Race Series, qui compte 12 courses sur l'année, de niveaux et distances variés. Leur T-shirt est sympa car il reprend le calendrier complet avec le trail couru en sur-brillance. 12 mois, 12 courses, 12 T-shirts, voilà un challenge à jouer. La plus grosse difficulté étant de réussir à s'inscrire, pour mémoire si je cours OSJ Itamuro100 c'est pour avoir échouer à chopper un dossard pour OSJ Ontake100. 
Sinon l'an dernier j'ai fait OSJ Amami Jungle Trail, un excellent souvenir.

Donc me voilà arrivé à temps pour le briefing, je vous passe les détails. C'est la 2ème session, nous sommes plus d'une centaine dans une pièce sans climatisation, un pur bonheur.

Une boucle de 34 km répétée trois fois, un peu de bitume, quelques passages à double sens, 2 ravito's, et une météo qui s'annonce.....pourrie !!! Et bah nickel.
La boucle en boucle, c'est pervers, ça a l'avantage de ses inconvénients, c'est la réthorique de la 2D (cherchez pas je viens de l'inventer). 
Tu sais ce qui t'attend en difficulté (ça c'est le premier D) donc tu peux te préparer une gestion de course sur les tours suivants, quand lever le pied, quand tout envoyer. Mais tu sais également ce qui t'attend en douleur (là c'est le deuxième D) et tout se joue dans la tête, repartir pour un tour ou stopper nette, tellement facile quand la voiture t'attend 200m plus loin.

Mais bon, on verra ça demain. L'heure est aux victuailles. Le pif, trop peu pour moi, par contre, son morceau de bidoche, c'est plus de l'oeil qu'il m'a fait mais du rentre dedans. Et croyez moi, la dégustation n'a pas démérité les préliminaires. 

Avec du gros sel dessus, ça tue un mort ce truc... si si c'est possible 👻, z'allez jamais au Ciné ou quoi. Bref j'ai failli ne pas partir sur une jambe mais la raison a fini par gagner.

Quand je vous dis que ça ressemble à Shima Onsen.

Dégustation au bord de l'eau, le pied. Faut en profitez ça ne va pas durer.

C'est pas le tout mais faut penser à se préparer. Un Michi no Eki à 15 minutes pour passer la nuit.

Un resto à coté pour compenser les dépenses du lendemain...........Ok la diététique du sport c'est pas mon truc. Faudrait que j'm'y mette sérieusement mais franchement faut bien avouer que c'est chiant. J'ai les bouquins pourtant, et tous s'accordent à dire que le gain est réel avec une bonne prépa alimentaire.
Allez demain je m'y mets...ou pas.

La nuit dans la voiture aura été bonne, pas trop chaude, la pluie ayant rafraichit l'atmosphère. C'est l'éclaircie pour le départ. Tout le monde se rassemble gentiment. 34K et 102K prennent le départ ensemble. Je reconnais quelques têtes de séries mais également amateurs, ça reste une petite communauté quoi qu'on en dise.

Vidéo OSJ Itamuro100

Le départ est donné à 05h00.
Autant le dire tout de suite, sauf à ce que l'organisation mette les siennes en ligne, pour les photos c'est mort. L'iPhone est resté au fond du sac à l'abri. 
Le rythme est tranquille, hormis une poignée qui file en tête, ça part à un rythme de croisière sous quelques gouttes qui jouent les éclaireuses pour les légions qui attendent en embuscades. 
On sort rapidement de la ville pour attaquer le premier chemin. Moins de 300 coureurs a ceci de bon qu'on est tout de suite à l'aise, personne pour se marcher dessus. 
Ca ne fait pas 20 mn que nous sommes partis que le ton est donné avec le premier d'une longue série de passages à gué. Tu peux d'ores et déjà rayer de ta "To Do list": rester sec aussi longtemps que possible. D'un autre coté c'était une gageur vu ce qui va arriver sous peu. 
A peine sortis de l'eau on enchaine en remontant carrément la rivière. Ok, maintenant que le bas est complètement mouillé, je ne voudrais pas dire mais ça fait un peu tache avec le haut sec.

La nature a cela de bien, qu'elle ne fait jamais les choses à moitié, voilà donc la pluie qui commence.
Pour faire simple, à l'exception d'une accalmie/éclaircie dans l'après-midi, se sera la douche pendant les 24 heures que dure la course.

Mes seules photos sur le parcours, à un moment où mes doigts et l'iPhone furent suffisamment secs pour inter-opérer.

Déjà qu'à la base le terrain était détrempé mais là c'est jackpot. Les pieds disparaissent dans la boue et les flaques, les singles deviennent des patinoires à flanc. 30 minutes de courses à peine, mon pied droit fait un croche patt' à son voisin de gauche et je me vautre de tout mon poids. La chute est lourde, très lourde. Contrôle visuel des dégâts.......ok c'est mort je vois que dalle couvert de boue que je suis, seule la douleur me confirme l'impact tout en douceur. Je repars en boitillant, puis finalement à chaud ça passe......Purée j'ai encore 23h30 devant moi pour espérer finir en un seul morceau.
La journée va être longue, très longue.
Le point positif c'est la température, autour des 25°C, elle est parfaite. Rendant presque agréable le fait d'être trempé des pieds à la tête. La même avec 10° de moins et je ne finissais pas le premier tour. 
Avec 2 ravitos sur le parcours, dont le second qui fait également "water station" avant le premier.....ouais bah va expliquer ça simplement toi, si tu comprends pas tu regardes la carte.....
Donc je disais, il est facile de découper le parcours en 4 étapes bien distinctes et d'en mémoriser la difficulté (...ha ha le retour de la réthorique de la 2D...). Résultat le bitume c'est l'occasion de récupérer; tout ce qui monte, dans la boue ça prend du temps mais ça passe; la misère c'est tout ce qui descend. Au début tu réfléchis par où passer pour sauver au maximum tes miches, rapidement tu te rends compte que c'est peine perdue et perte de temps, alors tu fous le cul dedans et laisse la gravité faire le reste en tentant bon gré mal gré de freiner ta descente à défaut de la contrôler. Il est clair que tu t'en mets partout, mais il pleut tellement que la boue ne reste pas, c'est douche auto au bout de quelques minutes. Et la fréquence des cours d'eau à traverser offre des bains de pieds salvateurs pour chasser toutes les merdes qui se coincent au niveau des chevilles, entre la chaussure, la chaussette et la peau. Finalement de douleurs, rétrospectivement, il y en a peu. De peurs de la douleur, la par contre c'est quasi permanent. La crainte de s'exploser par terre est constante, moi qui ai "l'échappée belle" en ligne de mire fin Aout, je flippe à l'idée de me blesser.
Le pire, c'est de réussir à franchir des tronçons apocalyptiques sans heurts, et de s'en prendre une sur le plat simplement parce que ton pied a glissé, sans raison apparente. Plus rageant y a pas, les "Put' " fusent à faire pâlir un Hanabi.
La peur de la blessure c'est ce qui va me hanter jusqu'à la fin. Cela vaut-il la peine de prendre ce risque? Ce serait cher payer, mais d'un autre coté abandonné serait moralement un désastre. 
Le premier tour est bouclé en 5h06. 
On a droit au Drop Bag à chaque tour, même pas en rêve je l'envisage, j'ai prévu un seul change et passer trois plombes à enfiler du sec qui va le rester 5 mn, je préfère reprendre la route aussitôt. J'aviserai avant la nocturne. Un rapide passage dans la rivière pour me nettoyer (celle en photo avec la bidoche, oui, oui) et je repars.
Une autre obsession du premier tour prend forme au second: 300 mecs qui arpentent 3 fois le même parcours, imaginez le labour subi par le terrain....un désastre. Et le règlement qui stipule de ne pas quitter le tracé sous peine de pénalité 🤣, tintin oui. Ce qui était facile à monter ne l'est plus et ce qui était une misère à descendre est devenu un enfer. Les mêmes branches ou racines qui ont servies d'appui ou de retenu, souffrent et finissent par céder sous le poids successifs des coureurs, obligeant à chercher toujours plus loin une accroche. Et le règlement encore qui demande de respecter la nature et de la préserver sur le parcours, dans ces conditions autant annuler la course tout de suite, car le respect il est mort avec le départ.
Premier signe des conditions difficiles auxquelles nous faisons face, un tronçon dans la fin de boucle est shunté. Situé entre 2 parties de route, on file droit sur l'asphalte au lieu d'enquiller dans la verte. De mémoire, c'est un beau cadeau qu'ils nous font là. 
J'en viens même à me demander si ils ne vont pas arrêter la course à la fin du deuxième tour. Pour être honnête, c'est plus un souhait qu'une interrogation, une excuse toute trouvée pour arrêter là les frais et limiter la casse sans assumer les conséquences d'un abandon. Mes espoirs sont douchés, eux aussi, quand sur la partie commune, je croise des têtes de courses qui attaquent le 3ème tour. Bon y a pas photo va falloir aller jusqu'au bout. Dans le dernier passage compliqué, on croise du staff en train d'installer des cordes un peu partout. La sécurité prime.
Je termine la seconde boucle en 06h59, soit pas loin de 2 heures de plus. Ha ouais quand même !!! 😰
Cela fait maintenant 12 heures que je suis partit soit la moitié du temps réglementaire et il me reste 1/3 de course à avaler. Je verrouille dans la tête, au fond le plus dur est derrière moi, le finish me tend les bras.
La nuit approche, mais ça ne change pas grand chose à part la visibilité et encore...quand t'as les pieds dans la boue qu'il fasse jour ou nuit tu ne vois pas plus où tu les poses. Il pleut moins fort, je décide de mettre du sec en haut et d'enfiler la veste de pluie, j'aurais vite chaud mais moralement ça fait du bien. Je m'allège du superflu non obligatoire, moins de nourriture, car étonnamment je mange peu et ça se passe bien.
12 heures pour finir sans casse, j'oublie le chrono qui d'ailleurs m'oubliera lui aussi un peu plus tard, et m'élance dans le crépuscule, le ciel lourd de nuages finissant d'assombrir l'horizon. Considérant l'obscurité je majore d'une heure mon temps précédent et vise les 08h00 pour être serein et garder une réserve.
A ce stade de la course, il devient rare de remonter ou de se faire remonter par un coureur, parfois un jeu de yoyo se met en place, mais les niveaux sont similaires et seule l'état de forme fait la différence.
En sortant du sentier pour rejoindre la route, le tracé a encore été modifié pour le retour. Plus de passage en fôret après Aid Station 2, de la route uniquement pour rejoindre l'arrivée. Voilà qui me réjouit. 
Je décide de ne pas me fouler, même sur la route ascendante ce sera marche rapide. Cette politique semble être partagée par d'autres car aucun point de lumière ne pointe derrière moi.
Passé le 1er ravito je remonte tout doucement sur un coureur, on ne se quittera plus jusqu'à la fin. D'abord devant il finira par me céder le passage sans que cela ne m'enchante plus que ça, pour s'accrocher derrière moi. Je vais ainsi lui servir de lièvre, mais surtout lui lever tous les pièges du parcours. Ca ne me dérange pas je préfère être devant à mon rythme. D'ailleurs, il refusera de reprendre le lead, preuve que chacun a trouvé sa place. 
Peu avant la fin de l'ascension finale,  Suuntos, cousin finlandais de Chronos, dieu du temps, me lache, faute d'énergie suffisante. C'est donc aveugle de repère que je vais devoir finir, ça tombe bien la pluie redouble d'effort. On ne voit pas grand chose mais paradoxalement on n'avance pas si mal, l'absence de visibilité atténuant la perception du danger, le pas est plus sûr et on progresse à bon rythme, bourrinant comme de gros sangliers. 
D'ailleurs il est bon de souligner l'état d'esprit qui règne depuis le début de la course, pour ma part en tout cas. Une fois persuadé que les conditions ne pourront être pires, que plus un pouillème de peau ne sera sec durant les prochaines heures, on bascule dans un espèce de mode "Berserk". L'eau, tellement présente, fini par disparaitre de nos sens. On ne l'ignore pas, on ne l'occulte pas, elle cesse tout simplement d'exister dans notre champs des perceptions. Avec ou sans c'est pareil. D'ailleurs quand elle redouble c'est à peine au bruit dans les feuilles qu'on s'en aperçoit. J'adore ça 🙃.
Des dangers auxquels je me préparais pour les avoir mémoriser ne se présenteront plus, preuve que l'obscurité change la perception de l'environnement. 
Le 2ème ravito fini par montrer le bout de son nez et avec lui c'est la fin de course qui s'annonce. La suite ne sera que bitume comme attendue. Avec mon binôme d'infortune on prend le temps d'un thé chaud, d'un bol de nouilles et on repart. J'ai la forme et reprend la tête, le rythme est enlevé. Seule inconnue, la distance restante. Initialement la dernière étape fait 9 km mais la modification du tracé nous faisant suivre la route je m'attends à plus sans savoir précisément. Mû d'une forme surprenante après plus de 90 bornes, talonné par mon acolyte, on rattrape 3 autres coureurs qui marque le pas. Je pense qu'on envoie un peu la braise. 
On tente de percevoir une lumière, un bruit, signes d'une arrivée proche, mais rien. Au bout de quelques temps le moral commence à accuser le coup, je sens que j'ai envie de relacher, et c'est ce que je vais finir par faire à la faveur d'une pause pissou. Je cède ma place. Au fond je m'en moque, la fin est proche, je suis sur le point de finir ce calvaire, cet enfer, je vais être Finisher d'Itamuro100.
Soudain les lumières au loin, la ligne d'arrivée devient perceptible, il ne restait grosso modo qu"un petit kilomètre, je vois mon binôme filer devant, dans les lacets que forme la route. Aucune amertume, c'est la délivrance.
Je franchis la ligne d'arrivée à la 39ème place après 20h14'14'' de course.
Sur les 220 partants seuls 102 franchiront la ligne d'arrivée.
Avec 46% de finishers autant dire que je ne suis pas peu fier d'être arrivé au bout. Cette course avait valeur de test, sans savoir ce qui m'attendait, et bien le test est concluant au-delà de mes espérances.
Je suis gonflé à bloc pour la grande aventure de l'échappée belle.

La nuit est courte, au chaud et au sec dans la voiture. Je dois rentrer assister au match de base-ball de mon grand mais je m'accorde le droit d'assister à la remise des prix. Heureusement que je reste pour figurer car y aura pas foule.

Je retrouve mon binôme qui vient me saluer avant de récupérer sa médaille de 2ème chez les plus de 50. Mes respects l'ancien, j'espère avoir la même forme que toi dans 10 ans.

La première femme est 42 minutes devant moi. La seconde derrière. Cela me surprend car d'autres m'ont doublé durant la course, mais elles ne finiront pas.

Le vainqueur a avalé les 3 tours en 13h37'02'' et devance le second d'1h05.
Grosso modo il me met un tour dans la vue en franchissant l'arrivée alors que je venais d'attaquer mon dernier. Il aura ainsi éviter la nuit et dormi au sec. Un monde nous sépare.

Un grand merci à Raidlight Japan et Mulebar pour leur soutien.

Et voilà, Itamuro se termine comme il a commencé sous la pluie sur l'autoroute car je suis à la bourre pour le match....

Si OSJ met à disposition des photos, je ferai une mise à jour.

@+

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